Introd: un pont à sauvegarder

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Au début du siècle dernier, à Introd, on commença à imaginer la construction
d’un nouveau pont pour franchir la gorge creusée par la Doire de Rhêmes et
permettre un accès plus aisé au bourg, à l’Église et au Château. L’ancien
pont, construit en 1827, n’était plus jugé adapté : il fallait d’abord descendre
puis remonter de l’autre côté, avec des pentes très raides. Là où la gorge se
resserrait, en revanche, il devenait possible de traverser la rivière presque à
niveau.
Ainsi, entre 1915 et 1916, grâce à l’effort uni des habitants et à la valeur de
leurs représentants, le nouveau pont prit forme et vie.
Il devint rapidement, avec le noyau historique formé par l’Église et le
Château, l’une des fiertés de notre communauté.
Une fierté qui commença à se fissurer en 1993, lorsque le pont devint le
théâtre de nombreux gestes extrêmes. Combien de vies brisées ont plongé
dans l’obscurité des familles, des amis et toute une communauté. À toutes
celles et tous ceux qui ont vécu – et vivent encore – cette souffrance, vont
notre compréhension la plus profonde et notre solidarité sincère.
Mais cette douleur ne peut se transformer en condamnation du pont. C’est
pourtant ce à quoi nous assistons. Le résultat des décisions prises –
peut‑être hâtivement, peut‑être sous l’effet d’une émotion compréhensible
mais excessive – est sous les yeux de tous.
Depuis des années, la formule « mise en sécurité du Pont » est répétée
comme un dogme, comme si l’ouvrage était lui‑même responsable, comme
s’il représentait un danger. Pourtant, pour celles et ceux qui le traversent
chaque jour ou en admirent la beauté, le pont n’a jamais été perçu comme
une menace. Bien au contraire : avec le Château et l’Église, il constituait l’une
des fiertés de notre communauté.
Malgré cela, son destin a été décidé de manière cynique. L’intervention
récemment réalisée a porté un coup sévère à la valeur historique et
esthétique de l’ouvrage : une solution lourde, disgracieuse et
disproportionnée, censée prévenir les gestes anticonservatifs mais qui finit
par outrager le monument, celles et ceux qui l’aiment, ainsi que la mémoire
de ceux dont les noms figurent sur la plaque commémorative : « Effort uni
d’habitants, valeur de représentants ».
Manifestement pas ceux d’aujourd’hui.

Bien que qualifié de « provisoire », ce choix surprend par sa brutalité et par le
silence honteux qui l’a accompagné. Quel dommage. Avec une étude plus
attentive et plus partagée, on aurait sans doute pu trouver des solutions plus
discrètes et bien moins invasives, respectueuses d’un véritable joyau qui
appartient à tous.

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